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Présidentielle ivoirienne/Emil KIRJAS: « Je n’ai jamais dit que ma position engageait le gouvernement britannique »

 

Comment jugez-vous la situation à Abidjan?

Abidjan est calme ces jours-ci. Comme vous pouvez l’imaginer, chaque fois en période électorale, la ville ne peut pas être animée comme d’habitude. Les rues ne sont pas remplies, les gens attendent que le processus électoral aille à son terme. On espère que la vie reprendra son cours normal très bientôt.

En tant qu’observateur, qualifieriez-vous cette élection de transparente?

Nous sommes des observateurs, des Libéraux et des Démocrates, des amis de la Côte d’Ivoire. On ne dit pas qu’on est des experts. Nous avons fait notre travail et rendu public le résultat. Notre délégation a eu des rencontres avec beaucoup de partis politiques notamment le candidat KKB (Ndlr, Kouadio Konan Bertin) qui était très actif dans la campagne présidentielle. Des divergences existent et c’est bien noté dans notre rapport. Mais ces divergences politiques existent depuis longtemps et elles ont été aussi relevées par des précédentes missions effectuées par l’Union Européenne, la CEDEAO et l’ONU.

Notre communiqué s’est focalisé sur le jour du scrutin. On a décrit l’ambiance dans les bureaux de vote à Abidjan où il n’y avait pas trop de problèmes. Le processus électoral s’est déroulé normalement dans la capitale ivoirienne. Nous avons par ailleurs noté qu’il y avait des problèmes relayés par les média dans certaines localités à l’intérieur du pays. Mais nous n’avons pas pu faire le constat par nous-mêmes à ce niveau. A Abidjan, on a observé une liberté d’expression, le vote était démocratique, transparent et ouvert. Il y avait même l’opportunité de faire des boycotts et d’utiliser les réseaux sociaux pour s’exprimer. Ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays en Afrique où on coupe Internet le jour du vote. En Côte d’Ivoire, on n’a pas connu cela le 31 octobre. C’est en cela que nous disons que les élections étaient ouvertes mais cela ne signifie pas qu’il ne peut pas y avoir eu quelques problèmes.

Nous continuons de demander à l’opposition de suivre les voies légales pour fortifier la démocratie dans le pays. Il n’y a pas que la Présidentielle. Il y a aussi les élections législatives qui arrivent bientôt. Il ne faut pas perdre du temps, il faut s’organiser. L’opposition doit s’organiser avec une stratégie et une vision claire et rester unie si elle veut gagner les élections. Le boycott ne me paraît pas être la meilleure option pour l’opposition. Il n’y a pas de pays au monde où le processus électoral est irréprochable mais cela ne doit pas arrêter le jeu démocratique.

Dans certains pays d’Europe ou d’Amériques, on a des Présidents qui sont élus avec 35% mais cela ne veut pas dire que le processus n’est pas démocratique. C’est vraiment important de comprendre le système électoral. C’est insupportable d’avoir des violences. J’ai passé plus de trois semaines en Côte d’Ivoire et j’ai vu une grande mobilisation de la jeunesse.

Comment expliquez-vous le fait que l’Ambassade de la Grande-Bretagne se désolidarise face à votre déclaration?

A aucun moment, dans notre déclaration, nous n’avons indiqué parler au nom d’un quelconque gouvernement, y compris du Gouvernement britannique. Il y avait une liste des membres de la mission, où, à côté de mon nom sous Pays, il était écrit «Royaume-Uni» et «Ancien Secrétaire d’État aux Affaires étrangères». En fait, je suis citoyen britannique et je suis citoyen macédonien. Je suis un ancien Secrétaire d’État aux Affaires étrangères de la Macédoine du Nord. Et je comprends que cela aurait pu être clarifié, car il y a eu une omission involontaire.  Si cela avait été porté à mon attention, il y aurait eu une réaction immédiate. Il s’agit d’informations accessibles au public.

Je n’ai pas été contacté par l’Ambassade ou par un journaliste pour une clarification, ce que je trouverais normal, mais je viens de voir le post (Ndlr, le communiqué) sur les réseaux sociaux de l’Ambassade. Si l’Ambassade tient à clarifier une situation parce qu’il a été mentionné  »Royaume-Uni » devant mon nom, je veux bien le comprendre; mais elle aurait tout simplement pu dire qu’il n’y a pas de citoyen Anglais dans la délégation qui parlait au nom de la Grande-Bretagne. Je n’ai jamais dit que ma position engageait le gouvernement britannique ou le gouvernement macédonien.

Avez-vous le sentiment d’avoir été trahi ou abandonné par votre pays, la Grande-Bretagne?

La diplomatie britannique est très connue dans le monde. C’est l’une des choses qui me rend très fier d’être citoyen britannique. J’ai communiqué avec l’Ambassade et je leur ai expliqué que j’ai été profondément surpris par le libellé de la clarification, car au lieu d’offrir des éclaircissements, il s’agissait aussi d’une « insinuation » sur quelque chose qui n’a jamais été dit. Suite à la publication de ce message, mon intégrité et ma sécurité ont été mises en danger. J’ai été victime de harcèlement et de menaces, notamment sur les réseaux sociaux. En diplomatie, chaque mot est soigneusement étudié pour éviter les malentendus ou créer des situations indésirables, et les omissions doivent être clarifiées. Notre mission offrira des éclaircissements. Je m’attend à ce que l’Ambassade fasse la même chose. Je trouve cela nécessaire et important.

 

 »Mon intégrité et ma sécurité ont été mises en danger »

 

Est-ce que les troubles observés dans les localités à l’intérieur du pays ne pourraient pas entacher la sincérité ou la crédibilité du scrutin?

Comme vous pouvez le constater dans notre communiqué, on ne parle pas de chiffres ni de taux de participation car le système légal nous interdit d’évoquer ces questions avant la proclamation des résultats par la Commission Electorale Indépendante (Cei). On s’intéresse au processus électoral.

Avez-vous des données qui vous permettraient de faire une confrontation avec les chiffres de la CEI au terme du processus électoral?

Effectivement. On a une idée du taux de participation à Abidjan dont je ne peut pas parler en ce moment car c’est illégal. On a vu et fait des photos pour évaluer le taux de participation. On peut discuter de tout cela seulement après la proclamation des résultats par la CEI. Mais je ne veux pas rentrer dans la polémique de quelque chose qui peut être hypothétique. Pour l’heure, on ne sait pas combien de bureaux de vote sont restés fermés au total, ni combien de personnes ont été empêchées de voter.

Le fait que vous appartenez à l’International Libéral ne pose-t-il pas un problème moral ou des soupçons de partialité? Etes-vous bien placé pour juger le processus électoral? N’avez-vous pas l’impression d’être juge et partie?

Dans les missions d’observation des différents organismes internationaux, on a des délégués qui sont de partis et d’idéologies différents mais cela ne pose pas de problème moral. Ce sont des préjugés. On n’a jamais dit qu’on était neutres. Nous sommes venus en Côte d’Ivoire comme des observateurs et non comme des experts. Parmi nous, il y a des Libéraux et des Démocrates. Nous travaillons dans la transparence et nous avons une perception générale de ce qui se passe. Jusqu’à preuve du contraire, on n’a pas déclaré quelque chose qui ne soit pas juste. En tant que Libéral, j’ai aussi ma perception de ce qui se passe chez moi au Royaume-Uni et je le proclame. Nous vivons dans un monde où la liberté d’expression doit être tolérée.

Si les partis d’opposition en Côte d’Ivoire ne sont pas d’accord avec notre observation, qu’ils viennent mettre leurs arguments sur la table. Je le répète, notre délégation était à Abidjan et ce qu’on a constaté concerne uniquement la capitale du pays. Nous ne généralisons pas et nous ne mentons pas. Nous sommes des politiciens libéraux et nous nous en tenons aux faits. Nous ne sommes pas des populistes. Nous disons ce que nos yeux ont vues. Le boycott de l’opposition a certainement poussé les militants du RHDP (Ndrl, Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix) à sortir nombreux pour aller voter.

« Il y a eu des mauvais calculs au niveau de l’opposition »

 

Pensez-vous qu’il y a une issue pour l’opposition ou devrait-elle tout simplement renoncer et se préparer pour les élections législatives?

Je ne recommanderais jamais à un parti politique d’abandonner ou de faire quoi que ce soit. Ce n’est pas mon rôle. Ce que je retiens par contre, c’est que la Communauté Internationale reconnaît que le processus électoral est légal et qu’il a abouti au choix d’un Président élu. Ceci doit être respecté. Je recommanderais plutôt à l’opposition de ne pas s’engager dans la voie du conflit car nous savons que la Côte d’Ivoire est sortie d’une longue période d’instabilité, il y a une décennie. Et dans un contexte de conflit, personne n’est gagnant. Si l’opposition est unie, elle pourrait peut-être empêcher le RHDP d’avoir la majorité parlementaire. Il faut utiliser les moyens légaux pour se faire entendre. C’est complètement surréaliste que l’opposition ait décidé de boycotter l’élection présidentielle à la dernière minute. Si, dès le départ, elle avait refusé de participer au processus et émis des réserves sur la question du parrainage et bien d’autres, on l’aurait compris. Vous ne pouvez pas être dans un processus, faire acte de candidature et vous braquer à la dernière minute en espérant mettre le pays dans une transition ou une crise imaginaire. Il y a eu des mauvais calculs au niveau de l’opposition. Je souhaite que le gouvernement continue de négocier avec l’opposition.

 

Interview réalisée au téléphone par Ben Ayoub

 

 

How do you judge the situation in Abidjan?

 

Abidjan is quiet these days. As you would know, during every electoral cycle, the city is not as vivid as usual. The streets are not overcrowded, and the citizens await for the electoral process to be finished. There is hope that the life will return to normal very soon.

 

As an observer, would you qualify these elections as transparent?

 

As part of the observers, liberals and democrats, we are friends of Côte d’Ivoire. No one claimed we are experts. We have presented to the public the results of what we have done. Our delegation had meetings with various political parties, including the candidate Kouadio Konan Bertin – KKB who had an active presidential campaign. There are existing divergences which was clearly indicated in our statement. These political differences have existed for a longer period and we noted that they were brought up in the reports of the European Union, ECOWAS and the UN. Our statement focuses mainly on the Election Day. We described what we saw at the polling stations in Abidjan where no major problems occurred. In the Ivorian capital the electoral process went rather normally. We have noted that there were problems that were reported by the media in the interior of the country. However, we could not elaborate on something we have not witnessed.

In Abidjan, we witnessed freedom of expression, and the vote was democratic, transparent and open. There was active boycott by some and the social media were freely used for sharing thoughts and information. That is not the case in many countries in Africa where on the Election Day the internet is shut. There was no such thing in Côte d’Ivoire on 31 October. That is why we have said that the elections were open, which does not mean that there were no some problems. We have called on the opposition to use the legal means to strengthen the democracy in the country. There are other elections apart of the Presidential elections. Soon there will be parliamentary elections. Time should not be lost, but be used to get organized.

The opposition has opportunity to get organized with a strategy, with a clear vision, and stay united if it aims to win the elections. I don’t think boycotts are the best option for an opposition. There is no country in the world that has a perfect electoral system but that doesn’t prevent democracy from running. In some countries in Europe or the Americas presidents can be elected with 35%, yet that doesn’t mean that there are no democratic processes. It is indeed most important to understand the electoral system. Violence in any form is absolutely unacceptable. From my three weeks in Côte d’Ivoire I could witness a massive mobilization of young people.

 

How do you explain the fact that the British Embassy distanced itself from your statement?

 

At no point, neither in our statement, we have indicated that we speak on behalf of any government, including the UK government. There was a list of mission members, where next to my name under Country it stated “United Kingdom” and in the next column “Former State Secretary for Foreign Affairs”. As a matter of fact, I am a British citizen and a Macedonian citizen. I was State Secretary of Foreign Affairs in North Macedonia. I understand that required clarification, as it was a matter of an involuntary omission. If that was brought to my attention there would have been a swift reaction. That is publicly available information.

I was not contacted by the Embassy or by any journalist for a clarification, which would have been appropriate, but I have learned about the post on the social media of the Embassy. If the Embassy wanted to clarify why it said “United Kingdom” related to my name, I would have understood that very well; but it should have just stated that there is no British citizen in the delegation that can speak in the name of the United Kingdom. I have never said that my observations are related either to the British or to the Macedonian government.

 

Do you have a feeling that you were betrayed or abandoned by your country, Great Britain?

 

The British diplomacy is very famous in the world. It is one of the things that makes me a very proud British citizen. I have communicated to the Embassy that I am profoundly surprised by the wording of the clarification, as instead of offering clarification it also included “insinuation” on something that was never said. In the aftermath of the publication of the posting, my integrity and security were compromised. I was victim of harassment and threats, in particular on the social media. In diplomacy every word is carefully crafted to avoid misunderstandings or avoid unwanted situations, and omissions need to be clarified. Our mission will offer clarification. I expect the same from the Embassy. I find that necessary and important.

 » integrity and security were compromised »

 

Wouldn’t the incidents on locations in the interior of the country question the honesty and credibility of the elections?

 

As you could realized in our statement, we have not spoken of any figures, including the voter turnout, as the legal system prevents us from any kind of public reference to those matters until the Independent Electoral Commission (CEI) has announced the results. Accent was put o the electoral process.

 

Do you have any data that would allow you to comment on the numbers of the CEI with regards to the electoral process?

 

Of course. We have a perception on the turnout in Abidjan on which I cannot talk at the moment as it is outside of the legal framework. We have seen and made photos to evaluate the voters turnout. That can be subject of analysis only after the results have been proclaimed by the CEI. However, I would refrain from entering in a debate on something that would be a hypothesis. For the moment, we do not know neither how many polling stations in total remained closed nor how many voters were prevented from voting.

 

Doesn’t your affiliation with Liberal International pose a moral problem or doubt about impartiality? Are you well placed to judge the electoral process? Don’t you have an impression of being but judge and involved?

 

In the observation missions of different international organizations there are representatives who belong to belong to parties with various ideologies and that doesn’t pose a problem. They have their prejudices. No one ever claimed neutrality. We came to Côte d’Ivoire as observers and not as experts. Among us there are liberals as well as democrats. We operated transparently and we offered a general perception of the developments. If not proven to be contrary, there was nothing that we stated that was incorrect. As a liberal I also have a perception of the developments in my country, the United Kingdom, and I share it publicly. We live in a world where freedom of expression must be tolerated. If the opposition parties in Côte d’Ivoire are not in agreement with our observations, let’s meet and discuss them.

Let me reiterate, what our delegation observed was what happened in the capital of the country. We do not generalize and we will not. We are liberal politicians and we stick to the facts. We are not populists. We speak of what we see with our eyes. The boycott of the opposition have certainly mobilized the member of RHDP to massively turn out and vote.

 »There was a miscalculation on the side of the opposition »

 

What could be the effect of the challenges that are ongoing? Do you think the opposition should abandon that and focus on the parliamentary elections?

 

I would never recommend a political party to give up something or tell what to do. That is not my role. What I realize, nonetheless, is that the International Community recognizes that the electoral process is legal and that it results in the choice of an elected President. That has to be respected. I would certainly recommend to an opposition never to engage by means of conflict, especially in Côte d’Ivoire where we know that the country has successfully left a behind a long period of instability, the one from a decade ago. No one ever wins from a situation of conflict. If the opposition is united, perhaps it can prevent RHDP from winning a parliamentary majority. Legal means should be used to reach an understanding. I find it hard to comprehend that the opposition decided to boycott the presidential elections in the last minute. If from the beginning it has refused to participate in the process and has questioned the primaries and the other matters, it would have been more understandable. You cannot be a part of a process, follow it in order to nominate a a candidate and then withdraw in the last minute hoping that the country will enter in to a transition or an imaginary crisis. There was a miscalculation on the side of the opposition. I would wish for the government and the opposition to continue negotiating.

 

PS: Interview conducted by telephone on 02 November. The positions of Emil Kirjas are personal.

 

by Ben Ayoub

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