Ces dernières décennies, la Côte d’Ivoire n’a pas échappé aux manifestations néfastes dues au réchauffement climatique. Long de plus de 500km et couvrant une superficie de 23 253 km2, le littoral Ivoirien qui représente 7% de la superficie totale du pays, paye un lourd tribut de cet état de fait. Par endroit, des villages entiers ont dû être délocalisés face à la montée des eaux et à la forte dégradation environnementale. Cependant, la ville de Jacqueville semble échapper à ce chaos. Comment Jacqueville fait-elle face au phénomène de l’érosion côtière ?

La question de l’érosion côtière est un sujet à polémique à Jacqueville. La majeure partie de la population nie l’existence du phénomène dans leur région, tandis qu’une minorité insiste pour tirer sur la sonnette d’alarme. Dame Dédé Marie Claire, Secrétaire des femmes de Mambé Eiminkoa fait partie de la seconde catégorie : « Mes grands-pères me disaient, qu’à leur époque, il fallait parcourir des kilomètres dans la broussaille avant d’avoir accès à la mer. Aujourd’hui elle est visible même à 100 mètres et si rien n’est fait, dans quelques années, nos petits enfants n’auront pas le privilège de voir ce beau paysage. »

Estimée à ” <1m/an”, l’avancée de la mer à Jacqueville, n’est en effet pas très perceptible contrairement aux zones à forte érosion comme Grand-Lahou qui perdent entre ‘’1-3m/an’’.

Cependant, conscient de l’impact négatif que peuvent avoir les activités humaines sur la dégradation de l’environnent, il est bon de souligner que les mesures prisent par les autorités locales contribuent à la préservation de leur littoral.

Monsieur Etteh Bernardin, protocole et notable de la chefferie de Jacqueville nous informe que : « Depuis une dizaine d’années, l’extraction du sable de mer est interdite ici, obligeant les populations à se tourner vers les carrières afin d’acheter le sable nécessaire à la construction de leurs logements ».

‘’Nous en tant qu’autorité, nous veillons au strict respect de la servitude qui est de 100 mètres, à partir du rivage de la mer et 100 mètres sur le continent », explique monsieur Saguidi Bakayoko, le sous-préfet de Jacqueville.

En plus de ces mesures administratives, les populations de Jacqueville accueillent avec enthousiasme, plusieurs activités initiées par les ONG et autres organismes de la société civile visant à renforcer les capacités de toutes les couches sociales (jeunes, vieux, personnes handicapées, autochtones et allogènes) sur les techniques d’atténuation et d’adaptation à l’érosion côtière ainsi que sur le genre et l’inclusion.

Monsieur Diarrassouba Ibrahima, le représentant de l’ONG Tout Handicap explique la nécessité de la participation des personnes handicapées ou en situation d’handicap : ‘’l’implication de la personne handicapée dans les projets de développement de la communauté, permet de tenir compte de ses spécificités dans les prises de décisions et lui donne une chance de sortir de sa précarité ’’. Quant à Madame Goguahi Ella Gertrude du Bureau National des Personnes Invalides de Côte d’Ivoire (BURNI CI), elle lance un appel aux riverains : « Le réchauffement climatique déclenche des évènements climatiques qui apparaissent par surprises. Il faut être assez responsable et ne pas se dire qu’à Jacqueville nous sommes à l’abri ; adoptons de nouveaux comportements en tenant compte des conseils que l’on nous donne lors des formations, évitons les activités humaines qui accentuent l’érosion côtière, ça y va de la sauvegarde de notre environnement »

PRÉVENTION -FORMATION -INCLUSION, telles sont les leitmotivs de la population de Jacqueville face à l’érosion côtière. Cependant, sans l’aide de l’Etat et des bailleurs de fonds, elle ne peut mener à bien sa résistance car les ouvrages à réaliser nécessitent de gros budgets. C’est pourquoi elle lance plusieurs appels à leurs endroits afin de maintenir le trait de côte. Elle souhaite également une réduction du prix du sable des carrières qui est passé de 65 000 à 100 000 mille francs CFA au risque de voir certaines personnes extraire de manière frauduleuse le sable marin.

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“Production réalisée dans le cadre de la mise en œuvre du projet Benkadi pilotée par la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI) avec l’appui le soutien du ministère des affaires étrangères des Pays-Bas”.

Kady Traore

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